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Histoire du Comité

Le Comité Français de Mécanique des Roches (CFMR) a été fondé en 1967 et enregistré à la préfecture de Paris sous le n° 67-423 (JO du 6 avril 1967). La première réunion de son conseil s’est tenue le 23 novembre de la même année sous la présidence de Jean Mandel, professeur à l’Ecole Polytechnique.

La création du CFMR répondait à la nécessité de réunir des personnalités expertes de différents domaines (Génie minier, Génie civil, Génie pétrolier, Géologie de l’Ingénieur), en prise directe avec la mécanique des roches, dans le contexte de l’après guerre qui voyait l’Europe se reconstruire et prendre un nouvel essor.

Au niveau européen, le Professeur Leopold Müller avait fondé dès 1951 le Salzburger Kreis (cercle de Salzbourg), et institué les colloques annuels de géomécanique qui rassembleront un nombre croissant de participants. Dans la foulée, il transforme la revue Geologie und Bauwesen qui devient Felsmechanik und Ingenieurgeologie (Mécanique des roches et géologie de l’ingénieur), puis par la suite Rock Mechanics and Rock Engineering.

Le cercle de Salzburg auquel se joindront plus tard d’autres personnalités de différentes nationalités comme Manuel Rocha (Portugal) et Charles Fairhurst (USA), constituera la base et l’origine de la Société Internationale de Mécanique des Roches (International Society for Rock Mechanics - ISRM). C’est dans ce contexte que l’ISRM verra le jour le 25 mai 1962 et que son premier congrès international sera organisera à Lisbonne en 1966 (1). Bien entendu les Etats Unis d’Amérique y jouent aussi un rôle important grâce au dynamisme de la Colorado School of Mines et à des personnalités telles que D.U. Deere, C. Jaeger et L. Obert. Il faut aussi rappeler que dès 1962, les français Armand Mayer et Pierre Habib, puis Pierre Londe et Pierre Duffaut ont participés régulièrement aux colloques de géomécanique de Salzburg.

Photo CFMR
Photos d’une partie de la délégation française au congrès de Lisbonne (1966)
De gauche à droite Vincent Maury, Bernard Schneider, Pierre Duffaut et Jean Bernaix. Pierre Londe (médaillon).

Du côté français, l’essor industriel de l’après guerre déclenche un intérêt pour la géotechnique dans son sens large. En 1950, le comité français de mécanique des sols organise à Paris, sous la présidence d’Armand Mayer, les journées de Mécanique des Sols où apparaissent des articles sur les roches.

A la même période, l’industrie minérale tient son Congrès à Paris sur les "pressions de terrain". C’est l’âge d’or de la mine et des charbonnages durant lequel des personnalités comme Edouard Tincelin joueront un rôle essentiel avec le concours d’ingénieurs géologues éminents comme Jean Goguel.

Dans le domaine du génie civil, la réalisation de nombreux ouvrages, notamment de barrages hydroélectriques (Tignes 1953, Savoie), témoigne de cette activité intense. C’est dans ce contexte, que Joseph Talobre (ingénieur chez EDF) publie en 1957 « la mécanique des roches », qui fût probablement le premier ouvrage en français sur le sujet.

Quelques années plus tard, les catastrophes des barrages de Malpasset (1959) et du Vaiont (Italie-1963) et dans une moindre mesure les effondrements miniers meurtriers de Clamart (1961) et Champagnoles (1964) vont donner une impulsion déterminante. La communauté se fédère et un groupe de travail de l’ANRT (Agence Nationale de la Recherche Technologique) animé par Armand Mayer et Pierre Habib se forme pour étudier les propriétés mécaniques des roches françaises. Ce groupe sera l’embryon du futur Comité Français de Mécanique des Roches. Parmi les autres acteurs de cette période il faut citer Jean Bernaix, Claude Louis et bien d’autres. Un peu plus tard, la catastrophe du plateau d'Assy (1970) qui fût l'un des glissements de terrain les plus meurtriers survenus en France, fera apparaître la notion de risques naturels et renforcera indirectement le rôle de la mécanique des roches.

Durant cette période dite des trente glorieuses, le développement des infrastructures de transport n’est pas en reste. Le réseau autoroutier s’étend en faisant apparaître de nouvelles problématiques telle que celle de la stabilité des talus rocheux liée au comportement des discontinuités. A la même période, cent ans après le creusement du tunnel du Mont-Cenis (première traversée alpine ferroviaire) on réalise le tunnel du Mont Blanc qui sera inauguré en 1965 et qui aura fourni aux ingénieurs du Laboratoire Central des Ponts et Chaussées de l’époque dont Marc Panet, l’occasion de relever de nouveaux défis liés en l’occurrence, aux fortes contraintes. Les décennies suivantes verront de nombreux ouvrages de génie civil prestigieux se réaliser, pour lesquels la mécanique des roches aura joué un rôle primordial (tunnel sous la Manche, viaduc de Millau, etc).

Sur le plan des ressources énergétiques, l’accroissement de la demande fait apparaître de nouveaux challenges technologiques. Progressivement, la mécanique des roches pénètre le monde de la production pétrolière et gazière. En France, l’Institut Français du Pétrole étudie déjà la fracturation hydraulique et la stabilité des puits, tandis que des ingénieurs, dont Vincent Maury (Elf aquitaine), associés à des géophysiciens renommés entreprennent d’importants travaux sur le comportement des réservoirs et la sismicité induite dans le gisement de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Au milieu des années soixante dix, l’occurrence de chocs pétroliers fera apparaître le problème de la gestion et du stockage de la ressource en souterrain. Le CFMR comptera plusieurs spécialistes de ce domaine dont  Pierre Bérest (Ecole Polytechnique), Gérard Vouille (Ecole des Mines de Paris) et Thierry You (Geostock).

Au début des années 1990 sont apparues de nouvelles préoccupations sociétales en relation avec la protection de l’environnement et la mutation industrielle (stockage de déchets radioactifs, séquestration de CO2). C’est aussi le temps de l’après mines et de la gestion des risques anthropiques pour lequel l’INERIS apportera une contribution essentielle sous la houlette de Mehdi Ghoreychi et le concours de Jack Pierre Piguet de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Nancy. Depuis, l’augmentation de la demande de matières premières redynamise le secteur minier, essentiellement à l’étranger. L’accroissement du besoin énergétique stimule l’industrie pétrolière et gazière à la recherche de nouvelles ressources dites non-conventionnelles.

Aujourd’hui, la mécanique des roches joue un rôle essentiel dans de nombreux secteurs économiques. Les défis du XXIème siècle conjugués à la demande sociétale stimulent l’innovation technologique et soulèvent des questions scientifiques pointues que l’on regroupe souvent sous l’expression générique couplages Chimio-Thermo-Hydro-Mécanique. Cette problématique située au carrefour de plusieurs domaines scientifiques (géophysique, physique des roches), fait largement appel à la modélisation numérique (déterministe et/ou probabiliste) qui est devenue un outil indispensable à la conception d’ouvrages.

Sur le plan événementiel, le CFMR a organisé plusieurs symposia et congrès: le symposium international de mécanique des roches de Nancy sous l’égide de René Houpert de l’Ecole Nationale Supérieure de Géologie de Nancy (1971); le symposium international de Pau en partenariat avec la société des ingénieurs pétroliers (Society of Petroleum Engineers – SPE) et grâce au concours de Vincent Maury et Dominique Fourmaintraux (1989); le congrès de la Société Internationale de Mécanique des Roches de Paris, sous la présidence de Pierre Bérest et Gérard Vouille (1999).

Le CFMR a aussi participé à l’organisation du symposium Eurock qui s’est tenu à Liège (Belgique) en 2006.

Sous le mandat de Jack Pierre Piguet, le Comité Français de Mécanique des Roches, le Comité Français de Mécanique des Sols (CFMS) et le Comité Français de Géologie de l’Ingénieur (CFGI) se sont rapprochés pour organiser conjointement les Journées Nationales de Géotechniques et de Géologie de l’Ingénieur (JNGG) qui se tiennent touts les deux ans depuis 2002.

Par ailleurs, le CFMR est à l’origine de plusieurs écoles d’été et participe à l’animation de la Revue Française de Géotechnique. Il a publié sous la direction de Pierre Duffaut un manuel de mécanique des roches en deux volumes (voir rubrique publication).

Le CFMR a donné deux présidents à la Société Internationale de Mécanique des Roches en les personnes de Pierre Habib (1974-1979) et Marc Panet (1999-2003).

1 pour plus d’informations sur la fondation de la société internationale de mécanique des roches, le lecteur pourra se référer à l’ouvrage publié à l’occasion de son 50ème anniversaire : ISRM 50th Anniversary Commemorative Book, Ed. J.A. Hudson and L. Lamas.

 

Anciens Présidents du CFMR

Jean Mandel
Jean Mandel
(1967)

Pierre Habib
Pierre Habib
(1968-1971)

Pierre Londe
Pierre Londe
(1972-1975)

Edouard Tincelin
Edouard Tincelin
(1976-1979)

Pierre Duffaut
Pierre Duffaut
(1980-1983)

Marc Panet
Marc Panet
(1984-1987)

Vincent Maury
Vincent Maury
(1988-1991)

Gérard Vouille
Gérard Vouille
(1992-1995)

Pierre Bérest
Pierre Bérest
(1996-1999)

Jack-Pierre Piguet
Jack-Pierre Piguet
(2000-2003)

Mehdi Ghoreychi
Mehdi Ghoreychi
(2004-2007)

Thierry You
Thierry You
(2008-2011)

Frédéric Pellet
Frédéric Pellet
(2012-2015)

 

 

Témoignage de Pierre HABIB et Pierre DUFFAUT

Dans les années 1950 il y avait au sein du Comité Français de Mécanique des Sols comme une réticence à traiter les Roches comme des Sols un peu compliqués. Il y avait cependant dans ce Comité des ingénieurs déjà fortement engagés dans des études et des problèmes intervenant autour des milieux rocheux et dans des domaines de la Mécanique. Albert CAQUOT était alors Président de ce Comité.

Les travaux en milieux rocheux en tout genre avaient lieu dans des mines (fer, charbon, potasse, gypse) et aussi dans des tunnels (SNCF, EDF) ou dans des appuis de barrages (EDF) et étaient en cours en 1948, c’est-à-dire dans l’immédiat après guerre. Des réunions autour de ces sujets eurent lieu à Paris en 1960 (Conférence internationale sur les pressions de terrain), à  Toulouse en 1969 (à l’invitation d’EDF) et en Belgique.

En novembre 1957, au sein de l’ANRT (Association Nationale de la Recherche Technique) a été créée, à l’initiative de Armand MAYER (Ingénieur Général des Mines) une « Commission spéciale chargée de l’étude des questions de Mécanique des Roches » rassemblant des mineurs et des gens de génie civil mais aussi ceux qui s’intéressaient aux réservoirs d’hydrocarbures ou de gaz, etc. L’expression Mécanique des roches, calquée sur Mécanique des sols par l’ingénieur d’EDF Joseph TALOBRE, apparait comme titre de son livre de 1957, premier au monde à le porter.

Avec le concours de la Société de l’Industrie Minérale et de l’Institut technique du Bâtiment et des Travaux publics (ITBTP), une réunion fut organisée à Paris pendant 2 journées en juin 1957 avec des Mineurs et des Ingénieurs des Travaux Publics. Des problèmes et des solutions ont été présentés par le CERCHAR, par Electricité de France, par l’IFP, par la SNCF (pour des tunnels), les Mines de Fer de l’Est, les Mines de Potasse d’Alsace, le Commissariat à l’Energie Atomique, sur des sujets comme les caractéristiques mécaniques de différentes roches, les contraintes en profondeur, ou l’emploi des explosifs, etc.

En 1959, l’ANRT a mis en contact un certain nombre de Sociétés qui pouvaient être intéressées par la mise en commun de leurs moyens pour financer des recherches d’intérêt suffisamment général pour être faites ensemble au Laboratoire de Mécanique qui venait d’être créé en 1961 à l’Ecole Polytechnique sous la direction de Jean MANDEL, Ingénieur en Chef des Mines et Professeur de Mécanique. Ce laboratoire devint en 1963 le « Laboratoire de Mécanique des Solides » (dont Albert CAQUOT était Conseiller Scientifique) avec des sujets d’études sur le fluage des roches, en compression simple ou en contraintes triaxiales (jusqu’à 100 MPa), sur des matériaux secs ou saturés, avec mesure des vitesses de propagation des ondes sonores, etc.

Depuis plusieurs années un colloque annuel très germanophone avait lieu à Salzbourg sur les travaux au rocher, tant de mines que de génie civil, animé par le prof. MÜLLER qui a proposé d’en faire en 1962 le premier congrès international de Mécanique des roches.

L’organisation française nécessitait donc un certain aménagement et la composition de la « Commission de Mécanique des Roches de l’ANRT » fut communiquée au Prof. MÜLLER comme « Comité Français de Mécanique des Roches » avec des statuts parfaitement rédigés.

Les formalités administratives françaises furent remplies en Avril 1967 avec Jean MANDEL comme Président, Vice-présidents Pierre HABIB, Pierre LONDE et Édouard TINCELIN, et Pierre DUFFAUT comme Secrétaire.

Le Professeur ROCHA, Directeur du Laboratoire National du Génie Civil de Lisbonne proposa de tenir ce congrès à Lisbonne fin septembre 1966 grâce à un soutien financier local. De nombreux entretiens eurent lieu avant et pendant le congrès de Lisbonne, en particulier pour rédiger les Statuts et règlements de la Société Internationale de Mécanique des Roches avec, par exemple, des Canadiens, des Américains, des Allemands, des Anglais, des Français (Pierre DUFFAUT, Pierre HABIB). Tout cela pour le choix des langues de travail et des relations avant et après les Congrès – en principe tous les quatre ans -. Le Congrès de Lisbonne fut un véritable succès avec une très bonne organisation mais surtout de très nombreuses communications et discussions. Par exemple Pierre HABIB qui était rapporteur du thème 3 : « Propriétés des roches et des massifs rocheux » avait à résumer 82 communications, ce qui prouvait bien que les travaux étaient internationaux.

Mais la structure des statuts était l’objet de discussions difficiles. La Société Internationale de Mécanique des Sols (SIMS) était très engagée dans la création de la SIMR. Par exemple le Prof. MÜLLER proposait d’ouvrir la Mécanique des Roches à la Géologie, ce que L. BJERRUM (Président de la SIMS) ne voulait absolument pas accepter alors que SKEMPTON (ancien Président de la SIMS) était moins négatif. Il fut décidé qu’un contact serait pris avec l’Association internationale de Géologie de l’Ingénieur, fondée en 1964,  pour coordonner tous les 4 ans les Congrès Internationaux et éviter d’avoir deux Congrès Internationaux la même année (ce qui arriva une fois en 1974) et DE BEER proposa d’établir un Secrétariat commun en Belgique pour la coordination des 3 Comités, d’où le nom des « trois sociétés sœurs ». Il fut décidé que le Secrétariat de la SIMR serait fixé à Lisbonne au LNEC.

Après le Portugal, le Congrès International suivant eut lieu en Yougoslavie à Belgrade. Il était présidé par KRSMANOVITCH et le nouveau Président élu de la SIMR fut l’Américain OBERT. Après lui, le Congrès suivant eut lieu aux USA, à Denver, en 1974, et chose curieuse les « trois Sociétés Sœurs » furent présidées après ce Congrès par des Français (Jean KERISEL, Marcel ARNOULD et Pierre HABIB) ce qui simplifiait à Paris les rapports, en particulier pour la langue française ! Ultérieurement, il y eut un Congrès à Montreux en 1979 et un autre en Australie en 1983. Et sous la présidence de Pierre HABIB, la Russie et la Chine furent admises à la SIMR, ce qui politiquement ne fut pas très simple…

On doit rappeler les noms de deux Sociétés voisines des « Trois Sœurs ». La plus ancienne : la CIGB, Commission Internationale des Grands Barrages, datant de 1928, et la plus récente, en 1972, l’AITES, Association Internationale des Travaux en Souterrain.

La Mécanique des Roches a été abordée pour la première fois par la CIGB, à Paris en 1955, à New Delhi en 1958, à Rome en 1961, et surtout à Edimbourg en 1964.

Rappelons enfin quelques grandes catastrophes en France et ailleurs à cette époque :

  • Effondrement d’une carrière souterraine de pierre à ciment en exploitation à Champagnole, Jura, (27 juillet 1964, 5 victimes) ;
  • Effondrement d’une ancienne carrière souterraine de craie à Clamart (1er juillet 1961, 21 morts) ;
  • Effondrement du tunnel de chemin de fer de Vierzy en cours de réparation (16 juin 1972, 107 morts) ;
  • Rupture du barrage de Malpasset (près de Fréjus, Var ; 2 décembre 1959, 423 morts) ;
  • Glissement énorme dans la retenue du barrage de Vajont (Dolomites, Italie) (9 novembre 1963, 2000 morts)

Dans la présentation de la Mécanique des roches en France au congrès de 1999, organisé à Paris par le CFMR, Marc PANET a fait remonter la discipline au mémoire de Jean GOGUEL : Introduction aux déformations mécaniques de l’écorce terrestre, en 1942.